Le point de vue de Terrie : le Japon n'aime pas les tatouages, Uniqlo veut J. Crew?, l'incompétence de Mt. Gox, Conbini, le nucléaire et l'emploi (manque)

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Le point de vue de Terrie est une sélection de news centrées sur le Japon collectées et revues par le professionnel des médias Terrie Lloyd. AkihabaraNews est heureux de vous présenter l'opinion éclairée de Terrie : nous avons tous besoin d'un autre point de vue sur l'actualité, voici celui de Terrie.

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Le point de vue de Terrie du 3 mars 2014

Le sujet principal :

  • L'attitude vis-à-vis des tatouages doit changer

Les brèves :

  • Uniqlo veut acheter J. Crew ?
  • Mt. Gox -- Une probable incompétence de gestion
  • Le redémarrage des réacteurs nucléaires planifié
  • Conbini se tourne vers la culture de légumes
  • Beaucoup d'emploi ou beaucoup de sous-emploi ?

L'attitude vis-à-vis des tatouages doit changer
L'annonce que Tokyo accueillerait les prochains Jeux Olympiques de 2020 est non-seulement intéressante parce que notre métropole accueillera un événement sportif majeur mais aussi parce que nous verrons la façon dont le échanges culturels seront stimulés au Japon. Nous sommes déjà témoins d'un certain changement dans la façon dont on peut rendre Tokyo et le Japon dans sa globalité plus accueillant pour les visiteurs étrangers et ce qui doit changer. L'accent est mis sur les commodités touristiques comme la langue, les structures, la gastronomie et le WiFi, mais nous pensons que les JO influenceront beaucoup d'autres choses qui ne sont pas si évidentes.

Prenez les tatouages par exemple.

En 2012 le maire d'Osaka, Toru Hashimoto, a décrêté une mesure qui était attendue depuis des années rendant le tatouage illégal, tout du moins au sein des autorités d'Osaka. Plus spécifiquement, il a ordonné aux employés municipaux de ne plus se faire tatouer parce que selon lui : "...ils rendent les gens nerveux et les intimident". Qu'une fille de 20 ans avec un papillon tatoué dans le dos fasse penser aux gens qu'elle est liée aux Yakuza est discutable, mais ce qu'a fait Hashimoto, c'est de lancer une véritable vague de déraison à propos de ces tatouages. Il n'y aura pas de tatouages, sans exceptions.

Ce n'était pas une annonce dans le vide. Il y a à peine six semaines (en janvier 2014), une employée de 23 ans dans une école publique a eu une suspension de salaire d'un mois parce qu'elle s'était fait tatouer le bras quelques mois après que l'édit d'Hashimoto ait été proclamé. C'est la première personne a avoir été punie par cette nouvelle loi qui concerne 38.000 employés à Osaka. Cette nouvelle mesure  empiète incroyablement sur la vie privée, et c'est la première fois que ça atteint ce point. Tous les employés doivent lister les tatouages présents sur n'importe quelle partie de leur corps, et surtout ceux qui sont visibles en public. Compte tenu de la nature impérieuse de cette loi, nous sommes surpris que les partisans d'Hashimoto n'obligent pas les éboueurs à porter des costumes cravate, enfin tout du moins une fois qu'ils se seront débarrassé de ceux avec des tatouages bien sûr.

Un autre incident impliquant la peur collective des tatouages a récemment eu lieu : une nouvelle loi à Zushi, Kanagawa-ken, empêche de montrer en public ses tatouages sur la plage. Comment est-ce qu'on doit faire pour nager en jean et en t-shirt à manches longues ? Nous ne savons pas, mais cette nouvelle mesure n'est pas la bienvenue parmi le personnel de la base militaire américaine qui s'y trouve. Peut-être qu'ils ne devraient pas trop s'en faire. Non seulement la ville de Zushi n'a pas encore "établi un cadre précis" (peu importe ce que cela signifie, on dirait juste qu'ils cherchent à contourner leur loi stupide) mais il y a aussi une action collective contre la ville menée par les propriétaires de paillotes qui s'inquiètent que la loi ne nuise à leurs affaires, ce qui ne manquera bien entendu pas d'arriver.

Quoi qu'il en soit, les lois d'Osaka et de Zushi ne sont que la partie émergée d'un mouvement du Japon contre les tatouages : tout le monde sait que tous les bains publics et onsen du pays ont déjà des règles anti-tatouages. Vous pouvez lire des choses sur internet qui expliquent pourquoi les japonais n'aiment pas les tatouages et bien entendu l'association avec les gangsters tatoués est la raison principale. Nous pensons qu'il s'agit plutôt d'un rejet de l'anti-conformisme, surtout parmi les jeunes qui se rebellent, plutôt qu'une véritable peur des criminels. Dans tous les cas, un tel niveau d'intrusion risque malheureusement de se retrouver en confrontation directe avec la mode outremer où les gens acceptent et glorifient l'art corporel.

En effet, dans beaucoup de pays les tatouages sont désormais de rigueur pour les athlètes et du coup pour leurs fans. David Beckham a des tonnes de tatouages, Michael Phelps en a, la médaille d'or canadienne 2014 en patinage de vitesse sur piste courte Francois Hamelin en a et apparemment tous sauf deux des All Blacks (rugby) en ont. Avec la coupe du monde de Rugby de 2019 et les JO de 2020, des milliers d'athlètes tatoués et leurs fans voyageront au Japon et visiteront les onsen et bains publics.

La question est : est-ce que le gouvernement central continuera à laisser les autorités locales émettre des lois répressives ou reprendra ses esprits ? Une interdiction du tatouage empêchera les athlètes étrangers et les touristes de s'amuser dans un pays qui essaye avec acharnement de donner une image accueillante et agréabe. L'incident récent où l'artiste culturel Maori de 60 ans Erana Brewerton a été interdite d'entrée à l'onsen d'Hokkaido à cause de son moko (un tatouage Maori traditionnel sur le visage) montre le potentiel des retombées négatives si rien n'est fait.

Brewerton est aussi éloignée d'un Yakuza qu'il soit possible de l'être, mais les employés de l'onsen ont suivi la règle scrupuleusement et n'ont pas autorisé d'exception. Cet exemple pathétique d'inflexibilité culturelle a provoqué une réaction d'un des officiels du gouvernement, le secrétaire général du cabinet Yoshihide Suga, qui a commenté publiquement que "c'est important de respecter les cultures étrangères et d'approfondir notre connaissance de celles-ci..." Ok, donc qu'est-ce que vous allez faire à ce sujet ? Jusqu'à maintenant, rien n'est venu du gouvernement central. Nous supposons qu'ils ont encore 2 ou 3 ans devant eux avant que ça ne compte vraiment.

En fait, toute la culture autour des tatouages au Japon est très intéressante. Prenez un peu de temps pour aller sur internet et admirer la beauté et la diversité de l'art qui se pratique sur la peau des gens. Le journaliste photographe Tony McNicol, ancien résident de Tokyo, a une sélection particulièrement surprenante de photos prises durant une exposition de tatouages qui a eu lieu au Foreign Correspondent's Club en 2009. http://bit.ly/1ogFC6X.

Parce que la position officielle est d'enterrer cette pratique, le Japon est à un point où il y a une grande divergence d'attitude par rapport à l'étranger. Cela a été mis en avant l'année dernière quand un de nos internes de Japantravel.com, Perri, a décidé qu'un de ses premiers articles serait sur la très célèbre (à l'étranger) chaîne de tatoueur Three Tides Tattoo. Son article est disponible ici : http://bit.ly/MFHaLC. Elle a choisi Three Tides à cause de leur talent renommé et de leur présence comme une chaîne de magasins normale et acceptée. C'est un des premiers magasins à avoir ouvert des succursales à Osaka et à Harajuku à Tokyo. Compte-tenu du fait que les associations de commerçants ne les ont pas éjecté de ces endroits, on pense qu'ils ont créé un havre de tolérance et d'acceptation qui, nous l'espérons, va se propager.

Apparemment une des difficultés pour les artistes tatoueurs est que non seulement leur travail n'est pas accepté par la vieille génération mais qu'en plus ils doivent enfreindre la loi pour pratiquer. Il faut une autorisation d'exercer la médecine pour pouvoir piquer un client avec une seringue, quelque chose qui s'applique normalement au personnel médical, mais qui s'applique aussi à l'industrie du tatouage. Donc théoriquement un artiste tatoueur pourrait se faire arrêter. En réalité, en dehors de quelques politiciens hargneux comme Hashimoto, la police et les autorités ferment les yeux sur cette situation.

Bref, l'idée de Perri de se faire tatouer pour avoir un souvenir du Japon est une idée intéressante et réalisable. Three Tides affiche ses prix qui commencent à JPY10,000 pour un tatouage de la taille d'une pièce, JPY50,000 pour un de la taille d'une carte postale et jusqu'à JPY15,000/heure pour une oeuvre d'art réalisée en plusieurs sessions de 3 jours. Personne ne sait combien de boutiques de tatouage existent au Japon mais un site japonais, Tattoo.ne.jp, en liste environ 640. C'est un bon site qui inclut aussi une liste des onsen et bains publics qui laissent entrer les clients tatoués. Si vous avez un tatouage et que vous ne voulez pas vous faire jeter lorsque vous vous déshabillez, alors jetez un oeil à http://bit.ly/1cv2eeG.

Uniqlo veut acheter J. Crew ?
Le fond qui possède la chaîne de vêtements J. Crew aux USA a annoncé être en discussion avec Fast Retailing (Uniqlo) parce que la firme japonaise veut racheter leur affaire. Le prix d'achat tournera sûrement autour de 5 milliards de dollars, une bonne affaire pour le fond TPG et ses partenaires qui ont acheté la compagnie pour 2.8 milliard de dollars en 2010. Si l'affaie se conclue, ce seront près de 400 magasins aux USA, Canada et Royaume-Uni qui rejoindront la chaîne et près de 2.4 milliards de dollars en chiffre d'affaire qui s'ajouteront aux 10.2 milliards déjà réalisés annuellement par Fast Retailings. ***Ed : l'affaire n'est pas encore conclue et les analystes indiquent que le PDG Tadashi Yanai a déjà renoncé à certains contrats en dernière minute parce qu'il n'obtenait pas le prix qu'il désirait.** (Source : commentaire de TT sur wsj.com, 28 février 2014)

Mt. Gox -- Une probable incompétence de gestion
Le journaliste local Jake Adelstein a réalisé pour thedailybeast.com une excellente analyse de la débâcle de Mt. Gox. Son analyse, après avoir discuté avec des employés de la compagnie, est que Mt. Gox a échoué principalement à cause de l'âge, de l'inexpérience et peut-être de l'ego du PGG Mark Karpeles. L'image qui en ressort est que Karpeler et ses amis ont été chanceux d'être au bon endroit au bon moment lors de l'émergence des BitCoin et que même s'ils ont été assez intelligents pour créer une interface web pratique pour les clients, ils ne l'ont pas été assez pour gérer la sécurité, les finances et plus généralement la gestion des échanges. Résultat, même si Karpeles savait que le site avait été hacké et qu'il y avait une vulnérabilité permettant aux utilisateurs de faire des retraits répétés, lui et les autres employés ne se sont pas rendu compte de l'importance de cette faille et ont été incapables de la réparer. ***Ed : dans tous les cas, l'importance de cet échec et le fait que les autorités fiscales des USA soient enervées garantissent que Karpeles se fera interroger et sera probablement inculpé pour négligence par les autorités japonaises. Cependant, cela montre aussi que les innovations internet internationales ont été longtemps ignorées par les japonais à leur propre perte. On ne peut pas fermer les yeux sur certaines choses.** (Source : commentaire de TT sur thedailybeast.com, 27 février 2014)

Le redémarrage des réacteurs nucléaires planifié
Le ministère de l'économie, du commerce et de l'industrie (METI) a présenté son nouvel essai sur le Basic Energy Plan du pays dans lequel les bureaucrates indiquent que la première étape est de relancer les réacteurs nucléaires à l'arrêt. S'il est suivi, ce qui est fort probable, ce plan du gouvernement incite à relancer les réacteurs dès que les vérifications de sécurité sont réalisées sans chercher à en réduire le nombre. Les opposants au Plan annoncent que plutôt que d'accroître les réserves et donc la consommation, le gouvernement devrait inciter à l'économie d'énergie ce qui limiterait la dépendance au nucléaire. Un professeur de l'université de Keio, Masaru Kaneko, va jusqu'à pointer du doigt le gouvernement, annonçant que ce plan est probablement intéressé. Il ajoute que "soixante-dix pour cent des dons individuels au LDP proviennent des compagnies d'éléctricité". ***Ed : si c'est vrai, il y a du potentiel pour un scandale.** (Source : commentaire de TT sur npr.org, 27 février
 2014)

Conbini se tourne vers la culture de légumes
Dans une tentative pour assurer un ravitaillement stable en légumes et autres produits frais, les chaînes de magasin Seven & 7-Eleven d'
 I Holdings ainsi que Lawson d'Itochu ont annoncé diverses initiatives pour embaucher et entraîner de jeunes employés comme fermiers. Lawson a déjà lancé 12 fermes en coentreprises et en envisage 28 autres tandis que 7-Eleven a lancé sa première ferme en coentreprise en 2008 et en possède désormais dix. Actuellement les compagnies ne peuvent que louer le terrain agricole ou réaliser des coentreprises 50/50 avec des agriculteurs établis jusqu'à ce que le gouvernement change les lois d'acquisition des terres, ce qui devrait arriver bientôt. Le nombre de fermes est passé de 1732 en 2009 lorsque la première coentreprise a été autorisée à 13.561 en 2012. Cela signifie que désormais 7% des terres agricoles appartiennent à des industriels. ***Ed : le Japon a besoin de plus d'autonomie, c'est un fait, mais cela nous rend mal à l'aise de savoir que le japonais moyen sera encore plus loin de la terre et de la nature.** (Source : commentaire de TT sur bloomberg.com, 26 février 2014)

Beaucoup d'emploi ou beaucoup de sous-emploi ?
Beaucoup de pays regardent les chiffre du chômage au Japon et sont envieux de son taux très bas. Mais comme cet article du Wallstreet Journal le démontre, tout n'est pas comme il semblerait. En effet, le taux de chômage est de 3.7% et les gens travaillent vraiment et ne sortent pas des statistiques après avoir abandonné tout espoir. Le problème, cependant, c'est la différence entre les employés à temps plein qui bénéficient de la sécurité de l'emploi et les employés à temps partiels ou les contractuels. Cette différence est si massive que même si le taux de chômage a baissé, le nombre de postes à temps plein à aussi baissé de 94.000 postes pour atteindre 32.42%. D'un autre côté, les autres emplois ont augmenté de 1.33% pour atteindre 19.56%. Cela signifie que 37.6% de la main d'oeuvre n'a pas la sécurité de l'emploi et travaille pour moins de bénéfices et un salaire moins élevé. ***Ed : cet empiétement sur le droit des travailleurs ne peut qu'impacter l'économie et la santé mentale de la population. En effet, les employés à temps partiel et les contractuels ont plus de chance d'être virés quand le marché le demande. De plus, ils n'auront pas d'économie et ne pourront pas obtenir de crédits, ne feront pas d'enfants et n'auront pas de futur.** (Source : commentaire de TT sur wsj.com, 28 février 2014)

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