JAPAN & ASIA TECH • COOL AND CULTURAL NEWS

Langues

Le point de vue de Terrie : les Startups & la branche de TiE de Tokyo, les taxes sur les ventes, Skymark, les cellules souches et les intrigues nucléaires

Terrie's Take - AkihabaraNews.com

Le point de vue de Terrie est une sélection de news centrées sur le Japon collectées et revues par le professionnel des médias Terrie Lloyd. AkihabaraNews est heureux de vous présenter l'opinion éclairée de Terrie : nous avons tous besoin d'un autre point de vue sur l'actualité, voici celui de Terrie.

• • •

Le point de vue de Terrie du 3 février 2014

Le sujet principal :

  • La branche tokyoïte du TiE vient d'ouvrir

Les brèves :

  • Les actionnaires pensent qu'après la taxe, la consommation va chuter
  • Skymark rencontre des turbulences sur le marché
  • Les chercheurs de chez Riken font une découverte capitale dans le domaine des cellules souches
  • Un recours collectif contre les constructeurs de la centrale de Daiichi
  • NHK étouffe les problèmes soulevés par le nucléaire avant les élections

La branche tokyoïte du TiE vient d'ouvrir
Le début de l'année amène son lot habituel de nouveaux rêves et d'opportunités. Dans le milieu des affaires, et pour l'amélioration de la société en gardant les gens employés, créer une entreprise est un rêve de grande valeur. Malheureusement au Japon l'aversion du risque est inculquée aux enfants dès leur plus jeune âge grâce aux réprimandes des enseignants du primaire dès qu'ils essayent de faire quelque chose de différent. Le travail d'équipe et le suivi des règles est très important et les enfants comprennent rapidement qu'ils ne doivent pas sortir du lot. Pour cette raison, la plupart des startups sont créées par des hommes qui ont la cinquantaine et qui réalisent qu'ils ont loupé le train de l'ascension en marche et qu'ils doivent s'attendre à se faire évincer de leur entreprise, ou par des employés à temps partiel et des contractuels qui cherchent à changer d'emploi.

Le nombre de jeunes qui VEULENT vraiment lancer leur entreprise parce qu'ils osent rêver est toujours tristement petit. Nous estimons qu'il doit s'agir de moins de 1% des diplomés. En comparaison, aux USA le nombre de diplomés qui veulent lancer leur boîte frise les 54% (selon une étude de la Kauffman Foundation). D'accord, il y a un groupe grandissant de jeunes japonais qui flirtent avec l'idée d'une startup (soit en en créant une soit en en rejoignant une pour voir comment ça se passe). Cependant, flirter et faire ce n'est pas la même chose. Nous avons récemment interviewé une jeune femme, internationale, très motivée et voulant créer une entreprise, et qui selon notre opinion ferait une bonne PDG dans un futur proche. Mais une fois qu'elle a découvert qu'il faudrait qu'elle apprenne toutes les ficelles du métier par elle-même (peut-être avons-nous été trop honnêtes), elle a vite perdu tout intérêt. Malheureusement pour elle, avant de rêver à de l'argent et à des bureaux comme ceux de Google, il y a une montagne de risques et une rivière d'incertitudes à franchir. Le Japon a besoin que ses jeunes soient plus avides et aventureux.

Il y a quelques points positifs comme le nombre croissant d'accélérateurs, surtout à Tokyo, qui offrent non seulement des conseils mais aussi de la formation propre au domaine des affaires et de la préparation mentale. Vu que la plupart des enfants japonais sortent de l'université avec pratiquement aucune idée de ce qu'implique le milieu des affaires, un tel entraînement est vital à leur survie et à leur succès. Bien entendu l'entraînement se fait généralement au travers d'une perception japonaise et nous sentons que les limites (par exemple, éduquer un enfant pour qu'il sache ce qu'il ne doit pas faire plutôt que ce qu'il doit oser faire) sont toujours présentes ce qui fait que beaucoup de startups pensent à petite échelle.

Ensuite, il y a un manque très important de modèles, d'entreprises dirigées par des jeunes et qui font beaucoup d'argent avec des modes de vie intéressants. Il y a eu une petite recrudescence de ce genre de modèles au début des années 2000 quand un certain nombre d'entreprises japonaises liées à internet se sont lancées en bourse, mais après le Choc Lehman, le nombre des entrées en bourse a diminué ainsi que la galvanisation parmi les diplomés. Nous espérons que comme beaucoup d'autres, la production de Nomura annonçant une hausse significative du nombre des entrées en bouse cette année va changer les choses et que l'attention des médias ainsi que l'intérêt renouvelé pour les fonds d'investissement permettra à une seconde vague de voir le jour.

Un autre problème auquel doivent faire face les startups japonaises, c'est le fossé du financement. Entre les 5 à 10 millions de yen qu'une nouvelle entreprise reçoit de ses fondateurs et de leurs amis et les 5 à 20 millions de yen hérités des accélérateurs ou des investisseurs, il y a un trou de 50 à 100 millions dont ils ont besoin pour lancer leur premier produit ou service viable commercialement (il suffit de penser au coût d'une équipe de 10 personnes sur au moins 12 mois). Sans cet argent, la plupart des startups doit trouver son argent (très peu) ou commencer petit et avancer vers un équilibre financier en vendant des services par intérim. Le résultat c'est qu'il y a très peu de produits commercialement forts qui viennent du Japon et que les startups nationales se font racheter par des concurrents étrangers mieux financés et par des entités nationales financées par des conglomérats, tout ça a cause de leur croissance lente.

Bien entendu, il y a des investisseurs qui aident les startups à franchir ce fossé, les VCs (venture-capitalists ou investisseurs en capital risque) du pays. Le problème, c'est qu'ils ne sont pas nombreux et que les plus importants ne financent des projets que 3 à 5 fois par an, passant en revue de 20 à 50 candidats pour réaliser une seule décision positive. A cause de l'offre et de la demande, les VCs du Japon veulent typiquement que leurs candidats aient mis leur produit/service sur le marché, aient des clients et gagnent du pouvoir commercial. Ou il faut qu'ils possèdent une technologie vraiment obscure sortie tout droit d'un laboratoire d'université (ce qui arrive en fait beaucoup). C'est donc un cercle vicieux pour la plupart des startups qui restent de petite taille.

Mais plutôt que de se plaindre à propos de la situation, notre rôle est de rendre les choses meilleures. Par exemple, avec le nombre d'étudiants qui baisse et du coup le financement du gouvernement qui baisse aussi, les universités commencent à réaliser que d'aider leurs étudiants à transformer leurs sujets de recherche en startup pourrait leur offrir une économie future stabilisée. Non seulement pourraient-ils toucher un revenu si le produit arrive sur le marché, mais ils pourraient aussi être renommés pour avoir aider des nouvelles entreprises à voir le jour et ainsi attirer de nouveaux étudiants. Waseda et Keio s'en sortent bien dans ce domaine de l'entreprenariat étudiant, et les autres regardent attentivement.

Une autre façon d'améliorer les choses est de partager l'information et le savoir avec des experts. Tout le monde ne veut pas se retrouver au milieu d'un accélérateur. A la place, les mailles du filet des conseillers doivent s'élargir et les gens (les entrepeneurs et les professionnels) qui aident les startups doivent venir d'un milieu plus diversifié afin de donner aux nouveaux entrepreneurs suffisamment de données pour qu'ils puissent s'en sortir. En 1994, Yoshi Hori, actuel propriétaire de la Globis University et de Globis Capital (un VC réputé), a lancé la première branche japonaise d'un groupe d'aide aux entrepreneurs mondial appelé YEO (Young Entrepreneurs Organization).

Yoshi a réuni 38 membres dont deux étrangers, dont l'un d'entre eux était votre serviteur. Ce groupe représentait quelque chose de complètement nouveau et était dédié à l'aide aux nouveaux entrepreneurs et à les aider à prendre contact entre eux et à partager leurs problèmes et leurs solutions, ains que de tuteller les futures entrepreneurs. Le YEO a connu un certain succès et continue aujourd'hui d'exister ssous le nom d' "EO" (Entrepreneur's Organization) avec 180 membres et deux branches au Japon. Dans le monde, l'EO a 131 filiales et environ 9500 membres. Tous ces membres sont les fondateurs et propriétaires d'entreprises avec des revenus annuels de plus de 100 millions de yen, ce qui rend leurs discussions et le contenu de leurs réunions plutôt différent de celui des autres organisations du genre. Ils sont une excellente ressource pour les startups.

http://www.eonetwork.org/Pages/welcome.aspx

Une autre organisation mondiale d'aide à l'entreprenariat, plus récente, est apparue au Japon. Celle-ci vise particulièrement les nouveaux entrepreneurs même si l'aspect de réseautage en fait quand même partie. L'organisation s'appelle TiE (pour "The Indus Entrepreneurs"). Contrairement à l'EO, TiE ne se limite pas aux PDG/fondateurs et n'importe quelle personne intéressée par l'entreprenariat peut rejoindre son réseau. TiE a une histoire intéressante, comme son nom l'indique. Tout le monde sait que beaucoup des entrepreneurs prospères de la Silicon Valleay sont des immigrants, et selon la Kauffman Foundation, entre 2006 et 2012 au moins 43.9% des startups avaient au moins un fondateur étranger, et 30% d'entre eux viennent d'Inde. TiE a été établie en 1994 par un groupe d'entrepreneurs d'origine indienne et depuis a évolué vers l'une des plus grandes associations de réseautage du monde entier. De nos jours, TiE possède 61 filiales dans 17 pays et environ 15.000 membres.

Par osmose, le groupe a grandi et a attiré l'attention de beaucoup d'entreprises innovantes sans connexions avec l'Inde, et au début des années 2000 la décision d'ouvrir l'organisation à tous ceux qui veulent devenir entrepreneur ou qui veulent aider à été prise. La philosophie des fondateurs reste évidente au sein du TiE et la devise actuelle est "Un mélange compatible de la culture économique de la Silicon valley via l'entreprenariat et des traditions de l'Asie du Sud de la relation Guru/Shishya ou Maître/Disciple."

Ce qui fait que TiE se démarque c'est l'activité et la passion de ses membres quand il s'agit de toucher davantage de gens dans le milieu des affaires. Puisque l'organisation est basée sur les valeurs entreprenariales de la Silicon Valley, ses membres n'hésitent pas : prise de risque, passion de créer, financement approprié, importance du réseautage et du conseil et éthique de travail intensif. Ce n'est pas pour tout le monde, mais ça peut définitivement offrir un apport non négligeable pour ceux qui cherchent à se créer une réputation dans leur domaine. Le réseau est particulièrement ouvert et un membre ici à Tokyo peut joindre n'importe quel autre membre dans le monde entier et s'attendre à être écouté. Nous voyons souvent des membres étrangers venir à Tokyo et rencontrer les membres locaux.

Une des meilleures choses à propos de TiE est la portée des événements organisés par chaque branche dans le monde entier. On retrouve ainsi le TiE50, qui aura lieu en mai de cette année dans la Silicon Valley. Environ 3000 à 4000 membres du monde entier se rendent au TiE50 pour voir 50 startups en compétition devant leurs pairs et pour réseauter avec les centaines d'investisseurs et de compagnies qu'on peut y trouver. Beaucoup de contrats internationaux commencent par des réunions au TiE50. L'année dernière deux startups japonaises se sont présentées et toutes les deux se sont retrouvées finalistes. Une des firmes, spécialisée dans la programmation, a été lancée par un diplômé et à réussi à réunir 1 million de dollars de financement grâce à un investisseur présent à l'événement. L'autre, un fabricant de véhicules éléctriques, a signé un contrat avec un fabricant en Inde.

Après une première année officieuse, TiE Japan vient de s'officialiser en association à but non lucratif au Japon et invite les gens intéressés par les entrepreneurs japonais à prendre contact avec le président Kaz Terada afin d'avoir des détails sur la manière de participer. Si vous êtes un entrepreneur expérimenté, un investisseur ou un mentor, alors vous pourriez bien vouloir rejoindre l'organisation en tant que membre fondateur. D'un autre côté, si vous cherchez à vous lancer dans les affaires ou que vous voulez voir les startups les plus en vue lors des "pitch nights", alors vous pouvez la rejoindre en tant que membre. Le coût de l'adhésion et les conditions sont disponibles auprès de Mr. Terada à : kaz(a)a2oventures.com.

Les actionnaires pensent qu'après la taxe, la consommation va chuter 
Un des meilleurs baromètres de l'opinion public, c'est la bourse. Compte-tenu du fait que les actions des entreprises "frugales" sont redevenues populaires et qu'aux contraires celles des marques de luxe chutent, on dirait que beaucoup d'investisseurs pensent que les consommateurs vont arrêter de dépenser après l'augmentation de la taxe sur la consommation en mars. Par exemple, les actions Isetan ont chuté de 12.1% en janvier tandis que la chaîne d'alimentaire Yoshinoya a vu ses actions augmenter de 13.7%. Les investisseurs pensent que vu que 70% des salaires japonais sont payés par les petites et moyennes entreprises (environ 80% de la masse salariale), la plupart des gens ne recevront PAS d'augmentation quand les syndicats insisteront auprès des grosses compagnies pour obtenir plus d'argent pour leurs ouvriers. (Source : commentaire de TT sur 
asia.nikkei.com, 1er février 2014)

Skymark rencontre des turbulences sur le marché
Les temps sont durs pour Skymark Airlines. L'entreprise continue de fermer des destinations après la clôture des vols Narita-Fukuoka en novembre dernier. Les nouvelles clôtures concernent Narita-Asahikawa, Narita-Ishigaki Island, Haneda-Asahikawa, Haneda-Kumamoto et Kobe-Ishigaki. La compagnie aérienne blâme la concurrence de JetStar sur les petites lignes et des réductions d'ANA/JAL pour les autres. ***Ed : cependant, plutôt que d'imaginer JetStar volant le marché de Skymark, nous imaginons plutôt que le vrai problème se situe dans le fait que si vous n'offrez pas les mêmes offres que JetStar, les tokyoïtes pensent que Narita est juste trop loin pour un vol domestique. Nous ne serions pas étonnés si Skymark devait faire faillite, ou peut-être que Tony Fernandez d'AirAsia va les racheter ?** (Source : commentaire de TT sur asia.nikkei.com, 1er février 2014)

Les chercheurs de chez Riken font une découverte capitale dans le domaine des cellules souches
Tout le monde parle de cette incroyable découverte dans le domaine des cellules souches : les cellues adultes normales peuvent être "choquées" par un stimuli environnemental pour devenir pluripotentes. Cette nouvelle technique est non seulement beaucoup plus rapide et productive que la méthode d'insertion de gène utilisée par Shinya Yamanaka, mais elle peut aussi être utilisée pour TOUTES les parties du corps, et conviendrait donc autant pour le clonage que pour la régénération. Un très bon article a été publié dans Nature Magazine. ***Ed : il est intéressant de voir comment les médias occidentaux mentionnent Charles Vacanti de l'université de Harvard en rapport avec cette découverte alors qu'en réalité c'est un scientifique de Riken qui faisait partie de son équipe qui a réalisé cette découverte au bout de 5 ans de recherche. Sa découverte est annoncée comme étant la découverte qui permettra le traitement iPS dans la médecine pour tous.** (Source : commentaire de TT sur nature.com, 29 janvier 2014)

Un recours collectif contre les constructeurs de la centrale de Daiichi
1400 plaignants ont lancé une action en justice collective contre les constructeurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, accusant les entreprises de ne pas avoir convenablement sécurisé le site durant les 40 ans d'exploitation et d'être responsables de l'explosion et de la contamination. La loi japonaise protège les compagnie de la justice et ce recours collectifs, qui ne demande que 100 yen par plaignant, cherche à modifier cette loi et à rendre les compagnies responsables non seulement de Fukushima mais aussi des autres réacteurs sur lesquels elles ont travaillé. Les entreprises visées sont General Electric, Toshiba et Hitachi. (Source : commentaire de TT sur voiceofrussia.com, 29 janvier 2014)

NHK étouffe les problèmes soulevés par le nucléaire avant les élections
On dirait que le système politique du LDP est de retour. Des ordres venant d'en haut demandent à ce qu'aucune discussion sur les problèmes du nucléaire n'aient lieu sur NHK avant les élections de Tokyo. Compte-tenu du fait que les PMM Koizumi et Hosokawa sont fermement anti-nucléaires alors que le candidat du LDP Masazoe est pour, on sait de qui provient la directive. Les ordres de NHK semblent avoir été appliqués avec rigueur et ont causé la démission du journal télévisé matinal d'un célèbre économiste de la Toyo University, à cause de cette restriction. ***Ed : une autre raison pour laquelle on ne regarde pas NHK : il y a déjà plein de propagande dans le monde, pas besoin d'en voir plus, surtout mal réalisée.** (Source : commentaire de TT sur japantimes.co.jp, 30 janvier 2014)

• • •

Images : Terrie's Take; AkihabaraNews

Source: