Le point de vue de Terrie : le Japon veut taxer l'eCommerce, le monde achète du sake, les Abenomics, et le prix des hôtels

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Le point de vue de Terrie est une sélection de news centrées sur le Japon collectées et revues par le professionnel des médias Terrie Lloyd. AkihabaraNews est heureux de vous présenter l'opinion éclairée de Terrie : nous avons tous besoin d'un autre point de vue sur l'actualité, voici celui de Terrie.

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Le point de vue de Terrie du 27 janvier 2014

Le sujet principal :

  • Taxer l'eCommerce international

Les brèves :

  • Les exportations de sake explosent
  • L'immobilier métropolitain en passe de retrouver la santé
  • Les IPOs atteindront les mille milliards de yen en 2014 ?
  • Stiglitz met en garde le Japon quant à son rétablissement
  • L'augmentation du tourisme fait grimper le prix des chambres d'hôtel

Taxer l'eCommerce international
Tandis que la seconde augmentation de la taxe sur la consommation d'octobre 2015 augmentera de 5% le prix des produits physiques et digitaux que nous achetons au Japon, une autre loi devrait arriver à la même période (en 2015) qui ajoutera 10% sur le contenu et les services digitaux achetés par les clients (mais pas les entreprises) chez des fournisseurs étrangers. Cette nouvelle taxe sera probablement connue sous le nom de "taxe Rakuten" puisque ce vide juridique a été mis en avant après que Rakuten ai commencé a vendre des titres japonais non taxés via la compagnie spécialisée dans l'ebook/ereader Kobo basée au Canada afin d'éviter les taxes nationales.

Actuellement, la taxe sur la consommation ne s'applique qu'aux produits achetés au Japon et sur les biens physiques importés. En fait, en ce qui concerne les produits importés, la clémence est de rigueur et la taxe est généralement supprimée sur les commandes de moins de 14.000 Yen qui sont livrées par coursier. Malheureusement, avec les nouvelles lois, la taxe sur la consommation sera appliquée sur TOUTES les commandes internationales passées par des clients au Japon et nous imaginons donc que l'indulgence qui existait pour les petits montants disparaîtra aussi... Mince ! Nous nous étions habitués à l'idée de faire les courses hors taxes sur iHerb.com et Amazon.com.

Le cadre exact d'application de ces nouvelles taxes n'a pas encore été précisé, mais des références régulières au système européen par les autorités nous font penser que le Japon se tournera vers une approche similaire. Dans le cas des transactions B2C, il y aura probablement un formulaire de déclaration en ligne qui devra être rempli par le vendeur étranger lorsqu'il vend aux clients basés au Japon. Le vendeur déduira la taxe lors de la transaction et la communiquera ultérieurement au bureau des taxes japonais.

Ce n'est pas étonnant que le gouvernement veuille frapper l'eCommerce international. Le Daiwa Institue of Research a calculé en 2012 que, quand la taxe était encore de 5%, le Japon perdait environ 25 milliards de yen sur les téléchargements de musique, la publicité, les abonnements et les autres transactions digitales. Ce qui est remarquable à propos du système européen et donc à propos du futur système japonais, c'est qu'il est basé sur l'honnêteté et qu'il dépendra uniquement des actions réalisées par les clients et les vendeurs pour que le gouvernement touche son argent. Etant donné que le Japon est le second plus grand consommateur (par dépense par habitant) en porno en ligne dans le monde, un secteur qui ne se prête pas vraiment à la franchise, la mise en place du nouveau système risque de poser un défi majeur.

VENDEURS
Tout d'abord auprès des vendeurs. Les lois de l'union européenne obligent les vendeurs à définir que le client se trouve dans l'UE puis, ensuite, à appliquer la taxe qui convient. En fait, pour le moment, ils ont un système où la taxe peut être payée à n'importe lequel des pays membres et donc la plupart des vendeurs essayent de la payer au Luxembourg où la TVA est de 15%, contrairement au Danemark où elle est de 25%. Il n'est alors pas étonnant d'apprendre que ce système plutôt malhonnête changera bientôt et que les vendeurs devront payer la taxe au pays où se situe le client.

Cependant, on peut constater que :

1. Bien qu'il n'y ait qu'un formulaire de taxe pour les 28 états membres de l'UE et que le système n'est actuellement pas onéreux, si le Japon et les autres pays du monde commencent à suivre cette mode et à imposer leur propre système de taxes et leurs taux, alors être un vendeur en ligne international deviendra un véritable casse-tête. Les entreprises devront deviner/prouver le lieu d'origine du client, suivre les changements de loi et se préparer à des problèmes juridiques en provenance d'endroit où ils ne sont pas présents. Nous imaginons que ce sera une opportunité idéale pour Visa et Mastercard de proposer un service à valeur ajoutée de traçace de taxe basé sur les achats réalisés par les utilisateurs de cartes (qui résident dans le pays d'utilisation), encourageant ainsi les vendeurs à n'accepter que ce type de paiement.
2. Mettre en place un magasin en ligne et faire de la publicité pour attirer des clients n'a jamais été aussi facile. Désormais, avec la possibilité de faire payer une taxe au client, d'envoyer le produit pour rester dans les affaies un petit moment, puis de s'enfuir avant de reverser les taxes, il y a une opportunité parfaite pour les vendeurs louches. Qui saura si le magasin en ligne B n'était pas l'entreprise A la semaine dernière ? Comment est-ce que les bureaux des taxes pourront lancer une action en justice contre un fourisseur qui a disparu ?
3. Ensuite, si vous prenez en compte les marchés virtuels comme www.oDesk.com, avec par exemple la possibilité pour quelqu'un de s'enregistrer et de commencer à livrer des projets de développement de logiciel avant de se désinscrire et de disparaître dans l'anonimité, on se doute bien que de ne pas payer de taxe deviendra une sorte de "sport" underground. En effet, les fraudeurs pouront prendre position et dire que si les taxes vont à un autre pays, pourquoi est-ce que le fournisseur devrait être forcé de les collecter ? S'ils ne reçoivent aucun bénéfice en retour alors la taxe sera immorale.
4. Selon les graphiques de l'OECD, le taux d'évasion pour les taxes sur les transactions en ligne est déjà de 10 à 30%, et avec de tels changements à venir, ce nombre devrait considérablement augmenter. La seule façon de réduire l'évasion sera pour les bureaux de taxe du monde entier de partager leurs données et pour les lois de permettre à un bureau des taxes étranger de poursuivre une entreprise locale. Etant donné que le bureau des taxes japonais ne signe que maintenant les accords de coopération pour obtenir des informations en provenance de l'étranger sur ses propres citoyens et compagnies au Japon, il semble qu'il faudra des décennies avant qu'une quelconque action puisse être menée contre une entreprise étrangère dans un pays étranger.
5. Du coup, la consommation de biens digitaux internationale va probablement diminuer pour les compagnies assez importantes pour être prises en flagrant délit d'évasion, mais cette diminution sera optionnelle pour les plus petites entreprises. Peut-être que d'une façon tordue, la taxe encouragera les gens à acheter chez les petites entreprises qui seront au moins 10% moins chères.

CLIENTS
Ensuite, il y a la fraude côté client. L'exemple le plus flagrant sera celui où le client utilise un service de proxy IP et un paiement en Bitcoin afin de masquer son origine. Un vendeur automatisé, c'est-à-dire n'importe quel site d'eCommerce, ne mettra pas en doute l'identité d'un client qui semble venir de l'état voisin, ou d'un pays où la taxation est faible/inexistante. Il n'essayera certainement pas de prouver que le client est dans un pays où la situation est complexe comme le Japon ou le Danemark ou autre.

Il faut aussi penser à la nature du marché du contenu digital. Vous avez les sites porno, les lieux d'échange pour programmeurs, les artistes adolescents mineurs, les écrivains sous-payés, les groupes de rock indépendants, etc... Et dans pratiquement chaque situation le client est mystérieux quant à ses actions et donc d'autant plus capable de contourner les règles au lieu de payer davantage. Ce sera difficile pour les autorités de chasser les fraudeurs à ce niveau. Peut-être qu'ils en puniront quelques-uns en exemple, comme pour le cas du piratage. Mais nous avons aussi remarqué qu'aucune de ces actions n'a fait baisser le nombre de téléchargements illégaux.

Enfin, si le système de taxation est trop compliqué, les marchands décideront tout simplement que de livrer au Japon est trop difficile, tuant ainsi la poule aux oeufs d'or que le gouvernement veut justement exploiter. Nous avons déjà vu ce type de réaction tout-ou-rien des vendeurs étrangers dans le domaine du holding financier. Il y a dix ans, vous pouviez, sans être citoyen américain, posséder un compte en bourse aux USA sans trop de problèmes et en remplissant quelques fiches de taxe tous les ans. Cependant, depuis l'introduction de la FATCA, les firmes spécialisées aux USA ont décidé d'éliminer tous leurs clients étrangers plutôt que de devoir répondre aux critères onéreux qui leurs étaient demandés. Il n'y a donc maintenant plus rien à taxer et les clients sont allés voir ailleurs.

Les exportations de sake explosent 
Les choses semblent plutôt positives pour les 1700+ brasseurs du pays. Des données du ministère de l'agriculture montrent que les exportations de sake ont atteint 8.5 milliards de yen dans les 10 mois qui ont précédé le 31 octobre ce qui, selon les experts, montrent qu'ils excéderont les 14.1 millions de litres exportés en 2012. Les exportation de sake ont pratiquement doublé par rapport aux 7.5 millions de 2002 et sont la marque du boom des restaurants japonais à l'étranger. La Japanese Culinary Academy de Kyoto reconnaît environ 55000 restaurants japonais en dehors du Japon. (Source : commentaire de TT commentary de businessweek.com, 23 janvier 2014)

L'immobilier métropolitain en passe de retrouver la santé 
Même si le prix de la terre continue à fondre au Japon, mais tout de même moins rapidement que par le passé, des données du Nomura Research Institute (NRI) montrent que les prix se stabilisent dans les grands centres urbains et que c'est peut-être l'annonce d'un rétablissement global. De juin 2012 à juin 2013, les prix du terrain à Tokyo ont grimpé de 5.2% tandis que ceux d'Osaka ont augmenté de 2.3%. Les ventes d'appartements au sein de Tokyo ont augmenté de 31% entre mai et décembre derniers par rapport à la même période en 2012. Le prix des appartements à Osaka a augmenté 8.8% en juin 2013 par rapport à juin 2012. ***Ed : Bien entendu, tout ça pourrait être une conséquence de la futur augmentation de la taxe sur la consommation, donc on ne peut pas vraiment prédire un véritable rétablissement pour le moment.** (Source : ibtimes.com, 23 janvier 2014)

Les IPOs atteindront les mille milliards de yen en 2014 ?
Alors qu'on parle toujours des "Abenomics", leur impact sur le marché boursier japonais est indéniable et on en attend davantage pour les 4 à 6 premiers mois de cette année. La plus grande holding financière du Japon, Nomura Holdings, pense que 2014 sera une excellente année pour que les entreprises entrent en bourse, et annonce que les ventes d'actions IPO doubleront pour atteindre mille milliards de yen cette année. S'ils ont raison, ce sera la première fois depuis 2010 que la bourse atteint ce nombre, impressionant surtout par rapport aux 571 milliards de yen des 58 IPOs de 2013. Nomura est optimiste parce que deux grandes entrées en bourse sont attendues : celle de la chaîne de restaurants Skylark et celle de la compagnie de transport Seibu Holdings. Ces deux entreprises ont des actionnaires étrangers et voudront probablement récupérer leurs fonds aussi vite que possible (tant que les Abenomics s'en sortent). (Source : commentaire de TT commentary de bloomberg.com, 23 janvier 2014)

Stiglitz met en garde le Japon quant à son rétablissement 
Le premier ministre Abe fait très bien miroiter la plus grande expérience financière de tous les temps à Davos, en Suisse. Cependant, il semblerait qu'il en retire quelques avertissements de certains poids lourds du secteur financier tant qu'il est là-bas. Apparemment, le nobel de l'économie Joseph Stiglitz a annoncé que le gouvernement d'Abe implémente la hausse de la taxe sur la consommation trop tôt et qu'il y a un risque significatif que la croissance émergente de la nation "éclate". Stiglitz reconnaît que la plupart de l'inflation qu'Abe a mis en avant n'est en fait que la réflexion de la hausse du prix des importations à cause de la dévaluation du yen de 25% de l'année passée. ***Ed : Nous avions parler de ça sans un PdV précédent. Les nombres indiquent que pratiquement toute l'inflation peut être expliquée par les imports en énergie plus conséquent auquel le Japon doit faire face.** (Source : commentaire de TT de telegraph.co.uk, 23 janvier 2014)

L'augmentation du tourisme fait grimper le prix des chambres d'hôtel
L'augmentation du prix des chambres d'hôtel à cause du nombre croissant de touristes étrangers offre un joli boost aux compagnies de réservation en ligne qui ne gère pas le service international. La compétition avec les étrangers signifie que les touristes japonais doivent payer davantage et les conséquences sur les recettes d'Ikyu, la plus grande entreprise de tourisme nationale au Japon, se sont faites immédiates. Les bénéfices sont 20% en hausse par rapport à l'année passée avec environ 1.6 mille milliards de yen dans les 9 mois précédent décembre 2013. Les ventes ont augmenté de 10%. Le prix moyen des chambres est désormais de 25.000 yen, soit 5% de plus que l'année passée.(Source : commentaire de TT de asia.nikkei.com, 23 janvier 2014)

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