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Le chat dans le sac : l'invention de la culture populaire japonaise

The Cat in the Bag: Inventing Japanese Pop Art - AkihabaraNews.com

Si vous voulez vous penchez sur la culture pop du XXIème siècle, tout ce que vous avez à faire est de jeter un oeil à des impressions sur bois japonaises du XIXème.

L'Ukiyoe (浮世絵, aussi écrit ukiyo-e ou ukiyo e;) est un style d'impression et de peinture sur bois qui a connu son apogée dans les années 1800. Tout comme internet nous apporte du contenu créatif à une échelle sans précéddent, l'ukiyoe a apporté l'art aux gens de l'époque Edo. C'est de l'ukiyoe que bien plus tard découle le manga.

Même si vous pensez ne pas connaître l'ukiyoe, en fait, vous en connaissez. Vous avez très certainement vu cet énorme tsunami dans des livres ou sur des posters. Si vous lisez ceci depuis les USA, vous l'avez vu sur un prospectus pour un magasin de sushi.


“The Great Wave off Kanagawa” - Katsushika Hokusai (c. 1830) 

Kiriko Watanabe, assistant conservateur au West Vancouver Museum, m'a montré une collection d'impressions ukiyoe qu'elle a escorté depuis Tokyo jusqu'à Vancouver pour une exposition qu'elle dirige : Ukiyoe Spectacular. J'ai passé du temps avec Watanabe dans un izakaya sous les voies de train à Yurakucho le mois dernier. Elle était nerveuse à cause de la fragilité et de la valeur de ce qu'elle devait transporter à travers l'océan, mais elle était aussi impatiente de partager ces oeuvres avec le nord-ouest du Pacidique. Des semaines plus tard, nous nous sommes lavé les mains et nous avons précautioneusement manipulé impression après impression (des démons ! des gobelins ! des tanuki aux proportions prodigieuses !). J'étais émerveillé par la minutie des détails et la richesse des couleurs visibles sur chaque centimètre carré de peinture.

Une femme qui se sacrifie en s'abandonnant aux vagues pour apaiser l'océan.

Un samurai dans une bataille qui marque la fin d'une vendetta.

Des objets inanimés qui soudain s'animent en proie aux démons dans la nuit noire.

Un squelette géant invoqué pour protéger un château déjà en ruine. Il faut vraiment le voir :


“Princess Takiyasha Calling Up a Monstrous Skeleton Spectre at the Haunted Old Palace of Soma” - Utagawa Kuniyoshi (1845) 

Il y avait suffisament d'images superbes et intenses dans cette pile de fragiles impressions pour inspirer un millier de tatouages qui vous vaudraient d'être bannis de la plupart des bains publics, sources chaudes et hôtels à capsule.


Zut. 

Et là, parmi la furie et la folie, soudain, le papillonage. Admirez, “Le monde des chats - Nouvelle édition” par Utagawa Kunitoshi, de 1886 :

Vous le voyez, vous aussi ? Dans le tiers inférieur, à droite. Un petit chat, la tête coincée dans un petit sac :

Notre obsession collective pour les chats qui se glissent dans des endroits étroits doit exister à un niveau génétique : la notion même de chats qui sautent dans des boîtes ou des sacs est amusante. Nous devons regarder ces images, et nous avons besoin de les partager avec nos amis.

De cette façon, ce chat joueur a fait écho dans le temps, au-delà de l'invention des avions, du Velcro et d'internet, nous amenant une fois encore à un chat avec la tête coincée dans un sac... et vous connaissez son nom.

Donc, oui, avec l'accroissement de la création artistique est arrivée la distribution à grande échelle d'images humoristiques de chats. L'histoire le prouve sans qu'aucun doute ne puisse exister.

Parmi les trésors d'ukiyoe du XIXème se trouvait aussi un gif animé. Comme nous parlons d'une époque avant l'électricité, et donc sans ordinateurs en réseau, cette image qui bouge était alimentée par l'homme : un triptyque avec de nombreux panneaux que le spectateur fait bouger pour avancer dans l'histoire. Watanabe fait ici la démonstration de l'art intéractif au XIXème siècle. Elle a vraiment un travail intéressant.


Détail de “Quick Transformation from the Scene of Four Attendants of Shinshida Forest to the Scene of Four Apparitions,” par Utagawa Kunisada (Toyokuni III) 

Comme le passé nous informe du futur, alors le futur rend hommage au passé. L'épisode 5 de Samurai Champloo comporte un véritable artiste ukiyoe, Harunobu Suzuki, célèbre pour ses impressions de superbes jeunes femmes. Cet homme était Terry Richardson longtemps avant qu'il y ait un Terry Richardson.

Voici l'épisode, mettez votre casque si vous êtes au travail :

La partie II est ici.

Une ligne directe nous emmène de Harunobu Suzuki jusqu'à Takashi Miike et Michael Bay : nous nous sommes toujours passionés pour les images relatives au sexe et à la violence.

Vous pouvez dire de Samurai Champloo qu'il s'agit d'un pastiche anachronique, mais il serait plus exacte de dire que cet anime transporte l'histoire dans le temps présent tout comme Tokyo existe simultanément en 1860, 1960, 2260.

L'Ukiyoe est souvent axe sur l'extrême, le conflit et la dispute. Longtemps avant Keanu Reeves, l'histoire des 47 Ronin était racontée à traver l'ukiyoe. Le bonhomme complétement à gauche est totalement fichu.


“Night Attack of the Loyal Retainers from the Chushingura Story of the Forty-Seven Ronin” - Utagawa Kuniyoshi (1852) 

Les scènes d'action dans l'ukiyoe ne se limitent pas à des batailles de samurai. Comme l'impression de la Grande Vague le suggère, les catastrophes naturelles ont aussi inspiré de nombreuses interprétations artistiques et des piques socio-politiques. Par exemple, dans Bird of Suffering Carrying Away the Catfish (artiste inconnu, c.1855), on peut voir un groupe de spécialistes en bâtiment qui portent un toast à un tremblement de terre, personifié par le poisson chat géant dans les serres d'un oiseau s'envolant qui est lui-même constitué de tous les objets qu'on trouve dans une maison et qui sont détruits quand les plaques tectoniques bougent. Ce poisson chat a causé bien des dégâts et les personnages sont heureux parce qu'ils vont se faire un paquet d'argent.

Comment TEPCO serait dessiné ?

Les catastrophes sous forme de créatures... Hé, ça me rappelle quelque chose...

Du tremblement-de-terre-en-poisson-géant, nous sommes passés à la catastrophe-nucléaire-en-homme-lézard.


 

L'ukiyoe va bien plus loin que ces exemples et ce dans toutes les directions qu'on puisse imaginer. Des samurai avec trois corps partageant une seule tête. Un homme-pieuvre joueur sorti tout droit des paroles de Ringo Starr. Un syllabaire hiragana fait d'oiseaux. Des personnages ivres qui imitent le Mont Fuji en ombres chinoises. Des poupées de chat faites maison. Des démons. Tellement de démons.

Laissez tomber ce que vous êtes en train de faire et continuez à vous renseigner sur l'ukiyoe. Vous serez témoin d'une imagination déchaînée qui part glorieusement en folie furieuse. Les médias contemporains japonais vous sembleront parfaitement logique. Plus important, vous verrez une documentation, une affirmation de cette étincelle intemporelle qui s'allument dans nos yeux quand nous observons la magie d'une histoire racontée par de jolies images.

Ukiyoe Spectacular ouvrira au West Vancouver Museum le 10 janvier et au Nikkei National Museum le 11 janvier. L'exposition durera jusqu'au 23 mars.

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Le contributeur d'AkihabaraNews Jordan Yerman est un écrivain freelance basé à Vancouver, British Columbia. Il a travaillé en tant qu'acteur, ce qui signifie qu'il est aussi relecteur, modèle, coach, placardiste, directeur des ventes, empileur de caisse, barman, photographe, agent immobilier et même une exposition au Bronx Museum. Il est actuellement éditeur au divertissement et aux affaires locals pour le Vancouver Observer.

Si vous aimez les robots et tout ce qui automatise la vie japonaise, il faut que vous lisiez ce texte par Jordan immédiatement : "Conversations with my Shower and other Friendly Japanese Machines.”

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*Les lecteurs se demandent peut-être ce qu'est un tanuki : un animal qui ressemble à un raton-laveur propre au Japon et traditionnellement perçu comme un farceur dans les fable et imagé avec ce qui ne peut être décrit que comme d'incroyablement disproportionnés testicules. Vraiment massifs.

Images :
Full ukiyoe scans : Shinichi Inagaki and West Vancouver Museum
Détails ukiyoe : Jordan Yerman
Godzilla : Mankind’s carelessness with nuclear technology

 

 

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