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L’économie japonaise : le soleil ne se couche jamais, les “Décennies perdues” sont un mythe, et tout va bien ?

L’économie japonaise : le soleil ne se couche jamais, les “Décennies perdues” sont un mythe, et tout va bien ?

Vous vous rappelez du début des années 90 quand la croissance économique miraculeuse du Japon s’est soudainement arrêtée et que la nation a plongé dans la récession ? La croissance a été minimale et les performances plutôt ternes depuis, n’est-ce pas ? Et si toute cette histoire n’était qu’un conte de fée tordu pour économiste ?

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L’aspect technologique 
Oui, il faut bien avouer que l’analyse de l’économie japonaise des années 90 n’est généralement pas du domaine d’AkihabaraNews. Cependant, le sujet se doit d’être mentionné, particulièrement parce qu’il est lié aux mots suivants : Sony, Sharp, Panasonic, Olympus... Et quoi d’autre, mmmh... Semiconducteurs (ça rentre dans la catégorie électronique, non ?), fabrication de composants électroniques, robotique industrielle... Vous savez, tout ces trucs techniques qui en gros forment les piliers de la troisième, et la plus avancées, des économies capitalistes de ce monde.

Bon après cette introduction, une petite digression au sujet des quatre firmes spécialisées dans l’électronique mentionnées ci-dessus. Ce n’est pas un secret qu’elles ne sont plus tout aussi spécialisées, que leurs innovations sont plutôt moyennes, et que leur bas de gamme est tombé encore plus bas. Mais tout ceci est arrivé longtemps après la crise économique japonaise du début des années 90, et jusqu’à ce qu’elles commencent leur descente, elles ont continué à se faire de l’argent jusque dans les années 2000. Et elles n’étaient pas toutes seules. 

Comment est-ce possible ? L’économie du Japon n’était-elle pas dans un état pitoyable ?

Eh bien, et si tout ce que vous saviez que la bulle économique japonaise était faux ?
Voilà le problème : tout le monde sait que, pendant les plus de vingt ans qui ont suivi l’explosion de la “bulle économique” japonaise, aussi appelées “Décennies perdues”, d’une manière macro-économique, les choses ont été dans un sale état. Molles. Abattues. En direction de nulle part. Tant ici au Japon qu’à l’étranger, c’est ce qui se disait.

Tout le monde le sait. Le plongeon de l’économie japonaise après les années 90 a été le signal d’alarme dans le train des marchés libres capitalistes modernes. Cette malheureuse expérience avec la bulle économique (バブル経済, “baa-bu-ru kei-zai,” pour les fans de prononciation japonaise) est devenue un exemple de ce qui arrive quand tout le monde tombe amoureux de ce qu’il possède, le surévalue d’une manière ridicule et un jour, inévitablement, reçoit la visite du Marché qui vient toquer à la porte et dire “Hé, devine quoi, grâce à tes magouilles, tous tes trucs ne valent plus rien. C’est ton problème maintenant ! KTHXBAI.”

Ce qui suit, c’est des mauvaises choses économiques, et à grande échelle. La bulle japonaise éclate. L’économie se retrouve à peine maintenue en vie pendant des décennies et a final, un écrivain spécialisé dans la technologie, qui portait probablement une coupe mulet à l’époque, s’intéresse au problème en août 2013 (en utilisant intentionnellement des termes généralistes pour ne pas effrayer les lecteurs et aussi parce que le jargon de l’économie est particulièrement ennuyant).

 

Mais attendez, pas si vite : et si le ciel n’étais jamais tombé sur le Japon ?!

Il y a des analyses contraires : tout le monde dans l’éconosphère n’est pas d’accord sur ce qui s’est passé après l’éclatement de la bulle. En fait, certains disent qu’il n’y a eu aucun plongeon, mais plutôt une petite chute obligatoire, un petit déplacement latéral afin de se reconcentrer puis une stabilisation subséquente résultant en des modèles et des classements beaucoup plus réalistes et modestes concernant la croissance et la prospérité.

Un homme en particulier, le bien nommé Eamonn Fingleton (c’est probablement impossible pour un nom de faire encore plus économiste), rejette strictement le concept de Décennies perdues. Sans faire aucun détour, il annonce sobrement que la débâcle économique japonaise post années 90 est une grande invention. Et il soulèves quelques points intéressants.

Selon Mr. Fingleton, qui a vécu au Japon pendant 27 ans, durant les soi-disant Décennies perdues qui ont suivi la Japanécopocalypse, deux facteurs sont ressortis du lot des autres points qui sont particulièrement incompatibles avec une économie à l’hospice :

1. “Japan has increased its net overseas assets by nearly $3 trillion - at a time when the United States’s net overseas LIABILITIES ballooned by $8 trillion.”

2. “...whereas the U.S. labor force increased by 23 percent between 1991 and 2012, Japan’s labor force increased by a mere 0.6 percent. Thus, adjusted to a per-worker basis, Japan’s output rose respectably. Indeed Japan’s growth was considerably faster than that of Germany, which is the current poster child of economic success.”

C’est étrange parce que la plupart des observateurs du marché, et de sérieux économistes avec plein de lettres derrière leurs noms, décriraient l’économie du Japon ces 20 dernières années comme moribonde. Stagnante. Flasque. Non pas qu’ils se soient particulièrement penché sur le sujet, c’est juste un truc que nous savons tous, n’est-ce pas ?

Eh bien jetons un oeil au marché boursier japonais qui est souvent cité comme preuve, le Nikkei 225 Stock Index Average. Il est très loin des niveaux qu’on a pu voir il y a 22 ans, et pourtant dans ce qui ressemble à une contradiction, la société japonaise était et est toujours en grande partie dominée par une classe moyenne avec un très grand taux d’épargne, ce qui n’est pas vraiment une calamité économique. Le Dow Jones Industrial Average américain, d’un autre côté, atteint des records et pourtant la richesse moyenne par individu à fait un plongeon avec des salaires stagnant (voir en recul), un taux d’épargne abyssal et une richesse totale fondamontalement concentrée dans le haut de l’économie globale.

Il devient évident que le refrain favori des économistes pessimistes domestiques et internationaux, tout ce qui se base sur les marchés boursiers comme représentation précise et exacte du bien-être économique, est rempli de... remplissage. Serait-il possible que, tout du moins dans les économies modernes japonaises et américaines, les véritables fonctions des marchés boursiers ne soient dans la plupart des cas pas vraiment liés au bien-être de la population mais de simples jeux auxquels les investisseurs aiment jouer entre eux ? Ce n’est probablement pas aussi simple, mais ça y ressemble un peu.

Pendant ce temps, pour ceux qui observent les observateurs observer, il serait conseillé, au lieu de jouer au devin en fonction du comportement des marchés boursiers, de prêter attention à d’autres facteurs comme “Est-ce que la population se porte mieux ou moins bien, ou est-ce que les choses sont pareilles ?”. Parce que vous savez, les capitaines de l’industrie ne sont pas ceux qui font avancer leur bateau, comme disent les enfants.

Mr. Eamonn Fingleconomist continue de cette façon :

Though they rarely say so publicly, the Chinese are, of course, privately under no illusion about whose economic model - America’s or Japan’s - is better. This is surely implicit in the pattern of their trade. After all they have long bought vastly more from Japan than from the United States - at last count about 40 percent more. And this despite the fact that Japan’s workforce is little more than one-third of America’s. What they buy from Japan moreover consists almost entirely of high-tech goods - specifically the advanced materials, components, and production equipment needed by Chinese factories to make the world’s consumer goods.”

Les choses ne sont donc pas ce qu’elles semblent être. L’auteur au nom très approprié de cette ouvrage de référence offre un point de vue intriguant sur notre (pré)conception de l’histoire de l’économie japonaise moderne, et ses commentaires ainsi que son analyse valent le détour. Rendez-vous sur Forbes via le lien ci-dessous si vous voulez vraiment creuser la chose.

Addendum : prenons un moment pour se moquer de et remercier les économistes :

Tout d’abord, ne trouvez-vous pas génial la façon dont les économistes ressemblent toujours à ce qu’on attend d’un économiste ? C’est un peu comme le paradigme du tuba, vous savez, celui qui dit que dans n’importe quelle culture sur terre, dans les collèges et les lycées, les enfants qui jouent du tuba sont pratiquement pareils et ont tous des syndromes d’anxiété sociale identiques. Non pas que ce soit vrai, mais c’est complètement vrai.

Ce qui est aussi amusant, c’est la source du pouvoir des économistes, la matrice de qualité de dirigeant, leur réacteur plasma, leur cristal de de dilithium : leur jargon ! Bien qu’une compréhension générale des l’économie soit essentiel aux humains modernes, le langage des économistes est complètement inutile pour 99.99% des mammifères pensants et vivants. La minutie de leur jargon, combinée à l’apparente aversion des économiste pour des métaphores accessibles (les freakonomics et quelques célébrités s’en sortent parfois) et à ce qui semble être une indifférence totale quant à au fait de, vous savez, se faire comprendre par d’autres personnes que leurs pairs, les laisse complètement recroquevillés sur eux-mêmes, cachant leurs manuels de stratégies des affaires, et au final ne servant à rien au citoyen ordinaire.

Economistes de ce monde, vous avez beaucoup à partager, alors essayez de faire un effort au niveau de la communication !

Oh et pour la seconde partie : pourquoi devrions-nous remercer les économistes ? Eh bien, pensez-y : en dehors de l’homo economis, qui voudrait vraiment souffrir pour apprendre un jargon pour au final ne devoir que, par exemple, jouer du tuba ?

Sauf si c’est du jazz au tuba.

Ca pourrait être intéressant.

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Image: AkihabaraNews

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